Noël en juillet

David Price - 4 juillet 2015 contre les Jays

David Price – 4 juillet 2015 contre les Jays

Difficile de blâmer les partisans torontois pour leur incrédulité lorsque la rumeur, rapidement confirmée, de l’arrivée du lanceur partant David Price dans les rangs des Blue Jays a commencé à se répandre dans les médias. Les Jays, temple du « attendez l’an prochain », disciples du « soyons prudents et misons sur nos filiales », avec des proprios qui disent qu’ils n’ont pas d’argent et que les sports ne sont pas rentables mais qui achètent une participation dans les Maple Leafs à grands frais. Bref, on s’attendait à une autre excuse poche. Quelle surprise!

Le directeur-gérant des bleus nous avait déjà surpris plus tôt dans la semaine avec l’ajout de l’arrêt-court étoile Troy Tulowitzki et du releveur LaTroy Hawkins. Ce n’était pas nécessairement ce qu’on s’attendait à voir, ou même ce qu’on avait cruellement besoin, mais c’était quand même tout un coup de filet. Mais Alex Anthopoulos avait une autre carte dans sa manche. Et quelle carte!

Dans l’espace d’une semaine, non seulement Tulo et Hawkins sont arrivés, mais également David Price, le releveur Mark Howe et le voltigeur et voleur de but émérite Ben Revere. En échange, pas moins de 13 jeunes artilleurs ont quitté les rangs des filiales des Blue Jays, et pas les moindres. Tulo a coûté Jeff Hoffman et Miguel Castro, Price pour sa part a nécessité l’échange de Daniel Norris, Matt Boyd et Jairo Labourt. Ces cinq lanceurs en particulier ont beaucoup de potentiel, et bien sûr leurs collégues également à des degrés divers. Mais c’est ce que ça coûte pour avoir des joueurs élites en retour. À quoi bon bâtir un inventaire dans les filiales si ce n’est pas pour l’utiliser en cas de besoin.

Et besoin il y avait. La meilleure attaque des majeures se trouvait quand même hors des séries avec une fiche de ,500. Il fallait stabiliser la rotation et l’enclos parce que les deux se passaient la balle à savoir qui aurait des difficultés à retirer des frappeurs de semaines en semaines. Quand l’un faisait bien, l’autre avait des difficultés. L’ajout de Hawkins et Howe à l’enclos, en plus du retour de Sanchez de la liste des blessés, va grandement aider la situation. Et de voir Price lancer tous les cinq jours va également donner un fier coup de main, lui qui devrait lancer 12 à 13 fois d’ici la fin de la campagne.

Price est une « location », c’est dire que son contrat expire à la fin de la saison. Il est pressenti pour un nouveau contrat gargantuesque. Il ne manquera pas d’équipes pour reculer un camion de la Brinks plein de cash dans son entrée de garage pour l’attirer chez elle l’an prochain. Encore là, ce n’est généralement pas ce que les Blue Jays ont tendance à faire. Ils ont toujours beaucoup de difficultés à convaincre des agents libres de signer chez eux dans les meilleures circonstances. Ont-ils des chances de convaincre Price de rester à Toronto?

Oui. Ils ont deux mois pour lui montrer comment ils traitent leurs joueurs. Les Blue Jays sont généralement bien vus à cet égard. Et ils ont un alignement offensif impressionnant qui est toujours sous contrat pour 2016, et plus (pour ce qui est de Martin et Tulowitzki – Donaldson est aussi sous contrôle pour plusieurs saisons avant d’être éligible à devenir agent libre). Et Price a toujours bien performé ici. Et possiblement que Rogers va réaliser ce qu’ils ont avec les Blue Jays et commencer à les gérer pour gagner, pas juste engranger des revenus et fournir du contenu pas cher pour leurs réseaux de télévision. C’est loin d’être gagné, mais peut-être que Price restera. Mais concentrons-nous sur le présent.

Cette vague d’échange a signalé aux joueurs et aux partisans que la direction mise sur cette saison pour gagner. Ce n’est pas rien. L’an dernier, lorsque l’équipe est demeurée inactive à la date limite des échanges, il s’est trouver plusieurs joueurs, dont Bautista et Casey Jannsen, pour critiquer ouvertement la direction de ne pas croire en eux et de ne pas leur donner les outils pour finir la job. Ils ont rapidement été éclipsés de la course, certains diront de leur propre main. Cette fois-ci, il n’y a plus d’excuse. En fait, oui, il y en a une. Grosse.

Les Blue Jays ont sous-performé pour la première moitié du calendrier. On peut mettre ces contre-performances presque totalement aux pieds des lanceurs de l’organisation, qui ne sont pas aussi terribles qu’il n’y paraît, mais qui ont un sens du mauvais timing assez phénoménal. Les Yankees ont une avance de 5,5 matches aujourd’hui. Avec 55 matches à jouer, ce n’est pas insurmontable, mais ça va être difficile. La bonne nouvelle ici est que Toronto jouera les Yankees 13 fois d’ici la fin de la saison. Pour ce qui est du classement du meilleur deuxième (wild card), les Blue Jays sont en meilleure posture, mais advenant qu’ils se qualifient, il demeure qu’ils auront à jouer une partie sans lendemain pour accéder aux séries. C’est proche d’un coup de dés.

Les deux prochains mois devraient être très intéressants. Déjà, Toronto a profité des renforts pour prendre 3 des 4 matches l’opposant à Kansas City, une des meilleures équipes des majeures à l’heure actuelle. Price a également réussi à tenir les Twins en laisse hier. On se souhaite du baseball à Toronto en octobre. La route pour s’y rendre va être enlevante.

Comment t’épelles ça Tulowitzki?

Troy Tulowitzki (Source: Blue Jays via Facebook)

Troy Tulowitzki (Source: Blue Jays via Facebook)

Le cône du silence dans lequel Alex Anthopoulos évolue est au moins aussi excellent sinon plus que celui de Maxwell Smart de la série Get Smart (la version française s’intitule Max la menace apparemment – je dis apparemment parce que je ne l’ai pas vue en français et que j’ai utilisé Google pour vous épargner l’effort). Alors, venant de nulle part, dévoilé en pleine nuit par divers journalistes sportifs, l’échange qui secoue une nouvelle fois le baseball majeur en provenance de Toronto : Troy Tulowitzki passe aux Blue Jays en retour de Jose Reyes. Le releveur LaTroy Hawkins accompagne Tulo en direction de Toronto, alors que Jose se dirige vers le Colorado avec les prospects Jeff Hoffman, Miguel Castro et Jesus Tinoco, trois lanceurs.

Tout le monde s’attendait depuis des lustres à voir Anthopoulos acquérir un lanceur partant, avec possiblement un releveur et possiblement même un voltigeur de gauche. Il y avait bien une petite grogne venant des amateurs sur le jeu défensif de Jose Reyes, et il faut croire que cette même grogne existait sous une forme ou une autre chez les Jays. Jose a beaucoup de talent, mais il a ralenti tant au niveau défensif qu’offensif, et les quelques égarements qu’il a connu tout au long de sa carrière avec des relais au premier but qui manquent un peu en puissance à l’occasion, ou la balle qui lui passe entre les jambes sur un jeu de routine, ne sont plus aussi facile à pardonner. Ceci dit, Reyes était une bougie d’allumage dans l’alignement des bleus, où il semblait être apprécié, et ce n’est pas un sacrifice facile à faire même si le joueur obtenu en retour est de la classe de Tulowitzki.

Il y a certains commentateurs qui ont vu l’acquisition de Tulowitzki comme la « réparation » d’une vielle erreur des Jays, lui qui a été choisi un choix de repêchage après Ricky Romero. Les Blue Jays avaient opté pour Romero puisqu’ils avaient déjà deux jeunes arrêt-courts repêchés dans les premières rondes dans leur système (Russ Adams et Aaron Hill). Tulo a gravi les échelons rapidement après cela et est devenu une star des majeures. Romero a eu plus de misère à monter, et il n’est pas resté très longtemps. Je ne pense pas qu’Anthopoulos a pensé à ça lorsqu’il a conclu ce marché, mais on a appris qu’il avait mijoté longtemps ce marché, ayant offert des versions de cette échange aux Rockies à plusieurs reprises cette saison.

Il ne s’agit pas là d’un déblayage de salaire. Reyes et Tulowitzki font à peu près le même salaire. En fait, les bleus prennent un plus gros risque financier que celui qu’ils avaient en Reyes, puisque leur nouvelle acquisition est sous contrat jusqu’en 2019 pour $20 millions par année, avec une année d’option en 2020 pour $14 millions. En ne comptant pas cette année, Reyes avait encore 2 ans à jouer sur son contrat actuel. Troy n’est qu’un an plus jeune que Reyes. Ils ont tous les deux une historique de blessures diverses. C’est un risque avec Reyes ou avec Tulowitzki. On mitige le risque en ramenant ce dernier plus près du niveau de la mer, ce qui devrait l’aider à se maintenir en santé (à Denver, il jouait en altitude, ce qui favorise les blessures telles crampes, élongations, etc, et ralentit la récupération en général), mais on l’amène sur une surface synthétique, ce qui ne l’aidera pas. Au moins, on le connait plus réceptif à conserver sa forme et à prendre un jour de congé de temps à autre. De plus, il pourra prendre le poste de frappeur désigné à l’occasion, ce qui devrait l’aider également.

Alors, rapidement, qui sont ces gens. On connait Reyes, alors je vais passer vite. On connait un peu Castro, le lanceur de boules de feu au contrôle incertain. Son avenir semble être en relève, ce qui est un peu dévalorisé par rapport à un partant, mais peut quand même dire une carrière très intéressante et monnayable (voir Aroldis Chapman, Mariano Riviera). Jeff Hoffman est le choix de première ronde de Jays l’an dernier qu’ils ont eu un peu beaucoup par chance. Il était promis comme premier choix au repêchage jusqu’au moment où il s’est avéré qu’il aurait besoin d’une intervention chirurgicale Tommy John. Il est tombé au neuvième rang où les bleus l’ont ramassé. Depuis son retour de convalescence, il fait très bien dans les mineures. On ne sait toujours pas ce qu’il va devenir dans quelques années, mais sa valeur potentielle estimée est probablement à son zénith. Ce n’est pas une mauvaise idée que de capitaliser maintenant dans son cas. Pour ce qui est de Jesus Tinoco, il est encore loin d’être dans les majeures, mais apparaissait au 29e rang du palmarès des prospects des Jays (Hoffman était au 3e rang, Castro au 5e).

Du côté du Colorado, Troy Tulowitzki à une moyenne au bâton en carrière de ,299 (sa ligne est ,299/,371/,513 – pas mal du tout) et en est à sa 10e année dans les majeures. C’est un joueur d’arrêt-court hors pair, un frappeur de puissance (il a le potentiel de frapper 20 circuits ou plus par saison), mais il est plutôt fragile, n’ayant complété plus de 120 matches par saison qu’une seule fois depuis 2012. Il est en santé aujourd’hui. On touche du bois. C’est l’un des meilleurs, sinon le meilleur à sa position dans toute la ligue. Il y en a bien qui ont un meilleur gant, mais de mettre son gant un peu au-delà de la moyenne avec son bâton nettement au-dessus, il est dans une ligue à part. Le releveur qui l’accompagne a débuté sa carrière dans les ligues majeures en 1995, quelques mois après la naissance de son nouveau collègue Roberto Osuna. C’est donc dire qu’il a de l’expérience à revendre, mais il est loin d’être épuisé. En fait, ses statistiques du point de vue des retraits au bâton par neuf manches (K/9), ses coup sûrs et buts sur balles accordés par manche (ou WHIP) sont meilleures cette saison que la dernière, et à un niveau comparable à ses meilleures années. Il va certainement aider à stabiliser la situation dans l’enclos des Jays.

Et juste une note comme ça, Joba Chamberlain, que les bleus ont récupéré au ballotage, lance très bien à Buffalo dans le moment. S’il revient à son niveau de performance normal, on a peut-être une autre carte intéressante à jouer dans l’enclos d’ici peu.

Il reste à Anthopoulos à aller chercher un lanceur. Il a apparemment presque conclu un marché avec les Indians pour Carlos Carrasco, mais ces derniers auraient reculés à la dernière minute. Les Blue Jays ont encore des jetons d’échange en Daniel Norris, Dalton Pompey, Anthony Alford et bien d’autre sans avoir à laisser partir Stroman ou Sanchez. On saura bientôt s’il a eu la main heureuse, la date butoir des échanges sans condition étant ce vendredi.

Ayousse que t’étais Maltais?

Je n’ai pas été très actif sur le site cette saison, je sais. J’ai décroché un nouvel emploi en avril dernier, et j’étais très, très occupé. Le rythme commence à ralentir un peu alors je pourrai de nouveau mettre un peu de temps à vous écrire (ou à m’écrire moi-même, parce que vous n’êtes pas très nombreux). Je sais, je n’ai pas bien choisi mon moment pour disparaître, alors que l’intérêt pour les Blue Jays venant du Québec a grimpé en flèche avec l’arrivée de Russell Martin. Tout ce que je peux dire, c’est que je suis désolé, mais aussi que le site est gratuit et mon apport est bénévole. Plus il y aura de lecteurs(trices), plus je serai motivé à revenir souvent. Et évidemment, plus je reviens souvent, meilleures les chances que j’aurai plus de lecteurs(trices). C’est insoluble, on ne s’en sort pas. Mais on va essayer de s’amuser pareil. Je devrais vous revenir ce weekend.

A beau prédire qui prédit en retard

Match d'ouverture 2015 au Rogers Centre

Match d’ouverture 2015 au Rogers Centre

Je suis un peu en retard pour y aller de pronostications sur la saison qui débute, mais je me console en relisant mon billet précédent qui suivait les pistes essentielles pour comprendre où les Blue Jays semblaient se diriger pour 2015. Après le billet du mois de mars, Maicer Izturis s’est blessé de nouveau, ce qui a ouvert la porte très grande à la recrue Devon Travis, et la lutte dans l’enclos a donné lieu à plusieurs performances peu étincelantes, ce qui a permis aux recrues Miguel Castro et Roberto Osuna de faire leur marque à un très (très) jeune âge.

Est-ce que ce virage jeunesse va profiter aux Jays? La rotation partante met en vedette deux recrues (Aaron Sanchez et Daniel Norris), alors préparez-vous à un début de saison en dents de scie, le temps que ceux-ci se stabilisent. Au début, tout est neuf, excitant et effrayant à la fois, et même si la routine d’un partant ne change pas fondamentalement d’un niveau à l’autre, la marche entre le AAA et les majeures est la plus haute à franchir, et la plus différenciée d’avec les précédentes. Ici, tout le monde est pro, ça va plus vite, on s’adapte plus rapidement. Les autres équipes auront tôt fait de se monter un livre sur Sanchez et Norris et adopter un plan de match en vertu de leurs faiblesses perçues ou réelles. Sauront-ils répondre rapidement et efficacement?

Il y a aussi deux recrues (et demie si on compte Pillar, qui a un peu de kilométrage dans les majeures à comparer aux autres mentionnés ici) dans la formation partante : Dalton Pompey et Devon Travis. À Pompey, on ne demande pas la lune. Dès lors qu’il a de bonnes présences au bâton et qu’il continue sur sa lancée avec une défensive au-delà de la moyenne, il a un poste au champ centre. On devrait être patient avec Travis également, et on ne s’attendait certainement pas à ce qu’il frappe aussi bien aussi tôt. Ceci dit, on montera un livre sur lui aussi et on lui lancera ce qu’il n’aime pas frapper très bientôt. Saura-t-il s’adapter? Goins n’y est pas encore arrivé, et ça été très laborieux pour Anthony Gose au champ extérieur, ce qui l’a vu balayé des plans de l’équipe et envoyé à Detroit (en retour de Travis, justement).

Le noyau de frappeurs est plus dur que l’an dernier et si tout le monde demeure en santé, ça devrait bien aller. Je dis ça et évidemment Jose Reyes est hors de l’alignement, cette fois pour un problème aux côtes. On commence à croire qu’il est le personnage de Samuel Jackson dans « Unbreakable ». Bautista, Encarnacion et Martin ont aussi un départ laborieux.

Alors, il est tôt et on a vu des signes encourageants. Les jeunes lanceurs montrent certains signes prometteurs, la défensive est meilleure, Smoak a l’air de retrouver son élan au bâton, Donaldson a vive allure à part un relais au premier but pas toujours des plus précis (c’était pareil à Oakland). Il reste que, encore une fois, ça va prendre un alignement quasi parfait des planètes pour voir les Jays en première position de leur division en fin de saison. Ils ont un peu de souplesse au niveau salarial, mais pas des tonnes, alors on pourrait aller chercher des renforts en juillet si besoin est. On verra.

Dans la division est de l’Américaine, je pense qu’on verra les Jays batailler avec Boston et Baltimore pour la tête. Dans l’ouest, Seattle est bien positionnée pour tirer leur épingle du jeu. Au centre, les Tigers ont toujours l’air inévitables, avec les Royals tout près derrière.

Dans la Nationale, à l’est je vois Washington avec les Braves proches malgré leur virage jeunesse, au centre les Cubs et dans l’ouest une lutte à trois entre les Padres, les Dodgers et les Giants. Ça va jouer dur là-bas.

Stroman perdu pour la saison

Marcus Stroman (Source: CP/Darren Calabrese)

Marcus Stroman (Source: CP/Darren Calabrese)

Comme plusieurs amateurs, j’ai appris la nouvelle de la blessure au genou de Marcus Stroman alors que j’écoutais d’une oreille plus ou moins attentive l’affrontement entre les Blue Jays et les Twins via internet. À partir du moment où l’annonceur Mike Wilner a partagé la nouvelle, la partie en cours a perdu tout son attrait. Stroman, le lanceur avec qui les amateurs des Bleus avaient placé autant d’attentes, était perdu pour la saison suite à une déchirure du ligament croisé antérieur de son genou gauche.

Qu’une telle blessure résulte de circonstances aussi banales ne fait qu’empirer notre incompréhension. Stroman, de même que plusieurs autres lanceurs et joueurs d’avant-champ, pratiquaient leur défensive contre les amortis. Stroman s’est avancé pour prendre la balle après avoir signalé à Josh Donaldson qu’il prendrait le jeu et a senti son genou céder, puis entendu le « pop » distinctif du tendon qui cède, et s’est écroulé au sol tordu par la douleur. Et ce n’est pas juste que ça fait vraiment mal physiquement, mais un athlète réalise très rapidement dans de telles situations que sa saison, voire dans certains cas sa carrière, est en péril. L’équipe lui a fait passer un examen de résonnance magnétique. Perdu pour la saison.

Il s’agit là du deuxième geai bleu qui s’explose un genou au camp d’entraînement, le premier étant le voltigeur Michael Saunders. Saunders a coincé son genou après qu’il eut posé le pied sur ou près d’un gicleur en tentant de capter un ballon au champ gauche d’un terrain d’entraînement. Dans son cas, après un pronostic assez sombre le voyant sur le carreau jusqu’à la mi-saison, Saunders a vu sa situation s’améliorer (pas nécessairement à long terme, par contre, puisqu’il souffrira très vraisemblablement d’arthrite avant même ses vieux jours lorsqu’il accrochera ses crampons pour de bon) et il pourra rejoindre l’équipe d’ici la mi-avril (possiblement à temps pour l’ouverture de la saison). On se demande parfois si leur stade en Floride n’est pas bâti par-dessus un ancien cimetière.

L’absence de Saunders a donné une dimension un peu différente à la bataille pour le poste de voltigeur de centre entre Dalton Pompey, Kevin Pillar et une brochette d’invités, tous vétérans d’autres équipes se cherchant un poste pour la saison après leur libération ailleurs dans la ligue. Maintenant, deux postes de voltigeurs sont ouverts. Il serait étonnant que Pompey ne soit pas investi du poste au centre en fin de camp. Pour Pillar, il s’agit pour lui d’une nouvelle chance de figurer dans les plans comme voltigeur de gauche, puis réserviste lorsque Saunders sera de retour.

Pour ce qui est de la situation des lanceurs, la mise au rencart de Stroman bouleverse beaucoup la donne. Déjà qu’il n’y avait pas beaucoup de profondeur dans les rangs, on se demande bien ce qui va maintenant arriver. D’abord, pour les partants, il y a trois postes déjà cimentés : Dickey, Buehrle et Hutchison. Stroman figurait comme une autre valeur sûre, et même comme partant numéro un dans la tête de plusieurs. Il a eu une deuxième moitié de 2014 absolument fulgurante et son début de camp laissait entrevoir de bonnes choses. Maintenant, pour les deux postes restants, on parle probablement des recrues Daniel Norris, Aaron Sanchez et du nouveau venu des Brewers Marco Estrada. Je serais étonné de ne pas voir Sanchez prendre un de ces deux postes, ce qui déstabilise la course aux postes dans l’enclos des releveurs (j’y reviens dans une seconde). Restera à voir si Estrada ou Norris sera le 5e partant. Personnellement, je verrais bien Estrada prendre le poste (il a eu deux bonnes saisons à Milwaukee avant sa saison vraiment poche l’an dernier) et Norris débuter à Buffalo avec l’option de le voir monter en grade s’il y a une blessure ou une contre-performance d’Estrada. Norris pourrait également prendre la place pressentie pour Sanchez dans l’enclos pour y poursuivre son développement, toujours dans l’optique de le voir devenir partant dans les majeures dans un avenir rapproché. Ceci dit, la préférence sera probablement de l’envoyer à Buffalo.

Il nous reste donc l’enclos à pourvoir. Ici, la compétition est totalement débridée. Il faut rebâtir à partir de pas grand-chose. Le « closer » Janssen a quitté et il n’a pas de remplacement évident dans l’alignement à l’heure actuelle. On pressent Brett Cecil dans ce rôle, mais celui-ci souffre présentement d’une inflammation à l’épaule, ce qui n’est pas rassurant. Pour le reste, on sait qu’Aaron Loup reviendra. Après lui? Ça se complique. Les Jays espèrent revoir le Steve Delabar de 2013 (et pas celui de 2014 qui avait totalement perdu la carte). Jusqu’à maintenant, celui-ci connaît un bon camp. Todd Redmond devrait aussi revenir, mais ce n’est pas acquis. Après ça, il y a une brochette de « pas très connus » et de lanceurs à leur dernière chance, notamment Kyle Drabek qui a toujours des problèmes de contrôle, Liam Hendricks, qui ne semble bon que dans le AAA, et Chad Jenkins qui est parfois excellent, parfois passable. Dans les noms que l’on a déjà vus, il y a aussi Rob Rasmussen. Il a un camp médiocre jusqu’à maintenant. Pourrait-on voir la très jeune recrue Miguel Castro, un lanceur de boules de feu de 20 ans qui frappe le 100 milles à l’heure régulièrement, mais qui n’a pas un contrôle de la zone des prises très éclatant? Ou le Canadien en fin de carrière Jeff Francis? Andrew Albers, un autre Canadien qui lance avec précision mais pas beaucoup de vélocité, a aussi une chance. Et peut-être Wilton Lopez, qui était passable au Colorado l’an dernier et cherche à se réaffirmer cette saison.

Si ce n’était pas suffisant, il y a aussi des luttes de position au premier et deuxième but. Au premier, on verra occasionnellement Edwin Encarnacion, qu’on verra plus fréquemment comme frappeur désigné. L’ex-Mariners Justin Smoak auditionne au premier coussin ce printemps mais il a toujours du mal à frapper malgré une défensive remarquable. Il a de la compétition composée de plusieurs joueurs qui cherchent une deuxième chance ou une occasion de prolonger leur carrière, et même Danny Valencia qui se cherche une place à atterrir autre qu’un poste de réserviste. Au deuxième, la recrue Devon Travis a une chance d’être promu, mais les chances sont qu’il sera envoyé à Buffalo pour un bon polissage (le plus haut niveau auquel il a joué est le AA, alors il lui en reste pas mal à apprendre). Plus probable est de voir le poste confié à Maicer Izturis, qui a un bon camp et qui semble complétement rétabli de sa blessure au genou de l’an dernier, ou l’un de Ryan Goins ou Munenori Kawasaki si l’un d’eux se met à frapper de façon significative.

Alors, il y a beaucoup de luttes à suivre cette année au camp des Blue Jays. Pour une équipe qui aspire aux grands honneurs cette saison, ça fait beaucoup d’incertitude avant même le premier lancer de la saison régulière. Le noyau offensif est là, et il est encore plus dûr que l’an dernier avec l’addition de Russell Martin et Josh Donaldson (on peut même compter Saunders dans les gros frappeurs, mais celui-ci à une tendance navrante à atterrir sur la liste des blessés régulièrement). Reste à voir si les jeunes lanceurs pourront tenir leur bout et compenser pour la perte de Marcus Stroman. Ça se fait. Les Giants ont remporté la Série Mondiale sans Matt Cain dans leur rotation, et avec un Tim Lincecum chancelant. Est-ce que les Jays pourront en faire autant?

Le zoo de San Diego

San DiegoLes rencontres d’hiver du baseball majeur se sont déroulées la semaine dernière à San Diego et de mémoire, c’est probablement l’événement de ce type le plus mouvementé depuis des lustres. Il y a eu des tonnes d’échanges et quelques signatures d’agents libres de renom amorçant une refonte des forces en présence. Ce que j’ai retenu le plus, c’est la montée en puissance de la ville des vents. Chicago, aussi bien au sud (White Sox) qu’au nord (Cubs), veut revenir à l’avant-plan du baseball, et pas juste parce que l’une des deux équipes à un stade historique que tous les touristes veulent voir (en autant que vous n’avez pas besoin d’aller aux toilettes pendant la partie, vous êtes corrects, parce que Wrigley fait pas mal dur à ce chapitre – les rénovations en cours cet hiver vont peut-être aider un peu).

Les Cubs sont en reconstruction depuis un certain temps, un travail qui a été amorcé il y a quelques années lorsque l’équipe a attiré chez elle le directeur-gérant Theo Epstein qui évoluait auparavant à Boston. On se souviendra que c’est lui qui avait été mis en charge de rendre l’équipe plus compétitive sur la base de la philosophie Moneyball des Athletics d’Oakland. D’ailleurs, on sait qu’avant Epstein, l’équipe bostonnaise avait tenté d’attirer l’instigateur de cette philosophie chez elle, le DG d’Oakland Billy Beane. Epstein a misé sur la jeunesse, comme c’est toujours le cas en période de reconstruction, et il commence à se sentir près du but puisqu’il est allé chercher le lanceur Jon Lester sur le marché des agents libres pour une somme démente ($155 millions sur 6 ans). Il viendra appuyer un autre nouveau venu, le lanceur Jason Hammel. Pour les diriger, ils compteront sur l’ex-gérant des Rays Joe Maddon (en plus de son assistant à Tampa qui passe également à Chicago, l’ex-Expos Dave Martinez) et sur un nouveau receveur fraîchement acquéri des Diamondbacks de l’Arizona, Miguel Montero.

Les White Sox n’étaient pas en reste et ont sorti leur carnet de chèque, se concentrant sur le marché des agents libres. Il y a d’abord le lanceur étoile Jeff Samardzija, puis ils ont ravi le « closer » David Robertson aux Yankees de New York (qui se sont retournés et ont signé Andrew Miller) et ont également ajouté à leur offensive déjà musclée avec Adam Laroche et Melky Cabrera. En comparaison dans cette division de l’Américaine, les Twins ont ajouté Erwin Santana et les Royals Kendrys Morales. Bonne chance les gars!

À l’est, il n’y a vraiment que Boston qui a été vraiment active. Oui, les Yankees ont remplacé Derek Jeter en allant chercher Didi Gregorius à Phoenix, et j’ai déjà mentionné Miller, mais ça s’arrête là. À Baltimore, on n’entendait que la porte se refermer derrière les joueurs qui quittaient (Nick Markakis pour Atlanta, Nelson Cruz pour Seattle, Hammel pour Chicago, Miller pour New York). Les Red Sox avaient vraiment besoin de renflouer leur rotation partante et avaient un surplus de voltigeurs. Une piste de solution a été d’envoyer Yoanis Cespedes à Detroit en échange du lanceur Rick Porcello. Les Red Sox ont aussi ajouté Wade Miley en échange de Ruby de la Rosa et Allen Webster et ramassé Justin Masterson sur le marché des agents libres.

À l’ouest, il faut souligner les tractations des équipes de Los Angeles. Les Dodgers se sont engagés dans un grand ménage, envoyant Matt Kemp (et beaucoup d’argent pour aider sa nouvelle équipe à le payer) à San Diego pour le receveur Yasmani Grandal, en plus de refaire le centre de leur lozange en défensive avec Howie Kendrick et Jimmy Rollins. Ils ont aussi ajouté le lanceur Brandon McCarthy. Pour ce qui est des Angels, ils ont reçu le lanceur Andrew Heaney de la part des Dodgers (qui venaient de le ramasser à Miami des Marlins) et ont acquis à travers un échange antérieur Josh Rutledge des Rockies du Colorado.

C’est déjà beaucoup de noms, et il en reste encore. L’idée ici n’est pas de vous en faire une liste exhaustive. Les transactions mentionnées ci-haut ont capté mon intérêt, mais vous allez trouver qu’il manque quelques gros noms encore, les premiers entre tous étant les lanceurs Max Scherzer et James Shields, tous les deux agents libres. Scherzer vise un contrat totalisant $200 millions (y’a rien là, right?). À part les Yankees, qui vont se permettre un tel contrat, vraiment? Ce n’est pas la seule équipe qui a les moyens, certes, mais c’est probablement l’une des seules qui a de la place dans son alignement dans le moment en prenant compte également de leur masse salariale actuelle (ou de leur manque d’égard au total de leur masse salariale). Vous allez me dire Anaheim? Peut-être.

Et les Jays dans tout ça? Ils sont restés bien muets durant les rencontres d’hiver ayant fait leur magasinage à l’avance. Pour ce qui leur reste à aller chercher (un ou deux releveurs, possiblement un joueur de deuxième but), ils ont le luxe d’attendre. D’ailleurs, au deuxième, on risque de nouveau d’y voir un japonais cet été. Les Jays font partie des équipes qui courtiseraient le joueur d’arrêt-court de 33 ans des Tigres de Hanshin Takashi Toritani pour qu’il vienne dans les majeures. Il devrait vraisemblablement se décider cette semaine. La rumeur veut que l’autre équipe intéressée est San Diego. Intrigant. Nous verrons ce que les prochaines semaines nous réservent.

Saunders patrouillera le champ gauche pour les Jays

Michael Saunders (Source: AP)

Michael Saunders (Source: AP)

Le directeur-gérant des Blue Jays Alex Anthopoulos a indiqué tôt après la fin de la saison qu’il ne laisserait pas le marché dicter son agenda durant la saison morte. En fait, il voulait vraiment dire : « Je ne m’assoirai pas sur mes mains comme l’an passé en attendant de faire une bonne affaire pour m’en faire passer une à la dernière minute. » (voir Erwin Santana). Il n’a pas attendu des lustres pour que Melky Cabrera se décide. Il lui a offert un contrat très tôt (je ne parle pas de l’offre qualificative, mais des pourparlers que les Jays et l’agent de Cabrera ont entrepris ces dernières semaines). Lorsqu’il a été clair qu’il y avait un gouffre entre les positions de l’un et de l’autre qui semblait impossible à combler (à moins d’attendre longtemps que le marché se développe, avec les risques que ça comporte – voir Erwin Santana), Alex Anthopoulos a trouvé une autre affaire qui s’avèrera, à mon avis, une meilleure aubaine, et je ne parle pas strictement du prix en argent.

Les Blue Jays ont échangé le lanceur J.A. Happ aux Mariners de Seattle en retour du voltigeur (et canadien) Michael Saunders. Comprenez par-là, même si ce n’est pas avoué, que Melky Cabrera ne reviendra définitivement pas, et c’est correct. Saunders n’est pas le même frappeur que Cabrera mais il est plus que potable. C’est un frappeur de puissance qui s’en est bien sorti dans un stade réputé pour avantager les lanceurs. Il est meilleur en défensive que Melky, ce qui n’est pas dur à battre, mais à sa défense, Melky n’était pas aussi pourri qu’on le laisse croire (exception faite de la saison où il jouait sans le savoir avec une tumeur dans le bas du dos). Non, le véritable problème de Saunders est sa capacité de demeurer sur le terrain. Il a un historique de blessures lors de ses trois dernières saisons, et c’est ce qui l’a probablement sorti de Seattle (plus pour l’interprétation que le directeur-gérant de l’endroit a fait de ses multiples absences que pour leur même existence).

Le départ de J.A. Happ, le lanceur mal-aimé dans ces contrées de par son manque de constance et son imprédictibilité, déleste un peu de salaire (Saunders est payé à peu près $4 millions moins cher que lui) mais surtout l’écarte du chemin d’Aaron Sanchez et de Daniel Norris, deux jeunes lanceurs partants prêts à prendre du galon. On a vu un Sanchez dominant en relève la saison dernière, et Norris tirant également son épingle du jeu durant le mois de septembre avec le grand club. On découvrira lors du camp d’entraînement qui fera le saut pour le poste de 5e partant, et qui sera le 6e partant en attente à Buffalo. Comptez aussi dans le lot les chances que Marco Estrada ou même Todd Redmond soient également considérés.

La période de gros magasinage des bleus devraient être terminée maintenant. La refonte de l’équipe doit aussi être vue comme une refonte du vestiaire, où John Gibbons a laissé entendre qu’il manquait d’adultes. Les frasques de Brett Lawrie sont assez bien documentées, mais il y avait aussi Anthony Gose qui avait un comportement plus ou moins mature et égoïste au court des dernières saisons, gérant très mal les périodes de rétrogradation à Buffalo où le gérant a dû le clouer sur le banc pour qu’il réfléchisse au concept d’équipe et d’effort soutenu à quelques reprises. Les Jays ont gagné en offensive avec Martin et Donaldson et en défensive, toujours avec Martin et avec Saunders. Il reste à Anthopoulos à regarnir son enclos et possiblement trouver un joueur de 2e but qui peut tenir le poste une saison ou deux le temps que Devon Travis soit prêt à prendre les rênes.

Ce qui est aussi un peu comique lorsqu’on y regarde à deux fois sur les deux derniers échanges est la rumeur persistante, pour pratiquement tous les joueurs impliqués (sauf peut-être Happ), que les joueurs impliqués n’avait plus la faveur de leur équipe respective, et plus souvent qu’autrement à cause d’un coup de gueule mal placé. Il est dit que Donaldson aurait manqué de respect envers Billy Beane (le DG des Athletics) en l’appelant « Billy Boy » dans le vestiaire (si c’est vraiment tout ce que ça pris, je serais vraiment surpris), et Lawrie, encore, on le connaît. Saunders, comme indiqué plus haut, a vu l’intégrité de son processus de préparation mise en cause (à tort ou à raison, mais notez que la même accusation à peine voilée a aussi été lobée contre Adam Lind il n’y a pas si longtemps). Et puis Happ, et bien, il n’a pas dit grand-chose, mais il s’est déjà plaint de son utilisation par les Jays, surtout lorsqu’il se battait pour le poste de 5e partant contre un Romero en complète déconfiture il y a quelques saisons (et même lorsqu’il est revenu de sa blessure mystérieuse subie ou découverte durant le camp d’entraînement). Tout ça pour dire que le baseball, c’est un business, et comme toutes les business, les relations humaines sont au premier plan et les problèmes de communication peuvent compliquer tout le reste et engendrer des actions qui ne sont pas nécessairement les meilleures pour son essor. Vous vous souviendrez peut-être que les mêmes considérations avaient emmené Colby Rasmus à Toronto.

Il est à prévoir que les Jays vont se servir des rencontres hivernales du baseball pour travailler à leur problème de releveurs, et je pense que Dioner Navarro sera une des pièces utilisées pour en obtenir un (ou un joueur de 2e but). Je ne serais pas surpris que Tolleson soit aussi offert aux équipes adverses (je ne pense pas que Tolleson et Valencia ont tous les deux une place dans l’alignement, surtout quand on sait que Izturis reviendra la saison prochaine et qu’il sera payé $3 millions, un contrat que personne ne sera très enthousiaste à aller ramasser).

Une dernière note en terminant: les Jays ont signé Justin Smoak pour un an/$1 million. Ils ont toutefois libéré Andy Dirks et John Mayberry Jr. Smoak devrait voir de l’action au premier but puisque Edwin préfère le rôle de frappeur désigné à part pour les jours où le rôle de frappeur désigné sera utilisé pour y placer un joueur régulier qui a besoin d’un peu de repos (Bautista et Reyes seraient les premiers auxquels je penserais, mais c’est un bon spot pour Martin pour lui épargner les genoux une fois de temps en temps). Smoak est un frappeur de long ballons, et le Rogers Centre devrait être un environnement plus propice pour lui que Seattle pour avoir du succès.

Josh Donaldson à Toronto en échange de Lawrie et trois autres

Josh Donaldson (Source: Getty Images)

Josh Donaldson (Source: Getty Images)

Comme si le monde du baseball doutait de son engagement, Alex Anthopoulos a donné un autre gros coup pour brasser la cage vendredi dernier en échangeant l’une de ses têtes d’affiche en retour de ce qui très probablement le meilleur joueur de troisième but des ligues majeures. Pour mettre des noms sur ces affirmations, le Canadien Brett Lawrie prend le chemin d’Oakland en retour d’un des joueurs les plus sous-évalués du baseball, Josh Donaldson. Oakland obtient également les lanceurs Sean Nolin et Kendall Graveman en plus du joueur d’arrêt-court d’avenir Franklin Barreto (que plusieurs voient jouer à une autre position lorsqu’il atteindra les majeures, mais il frappe, malgré que ce soit encore au plus profond des mineures – il n’a que 18 ans).

Qu’est-ce qui peut motiver Oakland à donner autant pour des entités très grossièrement définies? Les Athletics parlent d’un changement de direction, et le fait que Donaldson est maintenant qualifié pour l’arbitrage salarial (i.e. il va commencer à être très bien payé très, très bientôt) y est aussi probablement pour quelque chose. Ce que j’entends pas entités non-définies, c’est que Barreto est loin des majeures et on ne sait pas trop ce qu’il vaut à ce stade-ci. Le commentaire s’applique dans une moindre mesure pour Nolin et Graveman qui ont tous les deux fait une brève apparition dans l’alignement des majeures des Jays. Au pire, ce sont des releveurs honnêtes. Au mieux, ils ont le potentiel d’être partants (entre 3e et 5e). Graveman s’est affirmé en 2014 lorsqu’il a adopté une balle tombante (sinker) dominante qui l’a propulsé du niveau A aux majeures en une seule saison. Pour Nolin, on en a toujours bien parlé, mais ses deux courts essais dans les majeures n’ont pas été très satisfaisants.

Et puis il y a Lawrie, qui semblait avoir l’étoffe du prochain héros à Toronto. Athlétique, talentueux, Canadien de surcroit, il avait l’air d’avoir tout pour lui. Dès son acquisition des Brewers de Milwaukee en retour de Shaun Marcum, on a entendu des rumeurs à l’effet que son manque de maturité l’avait placé sur la liste des joueurs disponibles à être échangé. Lawrie est baveux et joue au baseball comme on joue au hockey, à la vitesse surmultipliée. Comparé avantageusement à un joueur de la trempe de Pete Rose pour son intensité, ce même trait de caractère lui a attiré beaucoup d’ennuis et a limité son temps de service sur le terrain à cause de multiples blessures. Les gens d’Oakland doivent penser qu’ils pourront le calmer un peu et qu’il gagnera en maturité (il n’a que 24 ans, est-il besoin de le souligner), alors il a possiblement encore beaucoup de potentiel à montrer.

Après l’addition de Russell Martin, l’arrivée de Josh Donaldson appuie le signal du directeur-gérant que 2015 doit être une grosse année. Le noyau des joueurs déjà en place est à maturité au niveau des contrats et c’est le moment au jamais de capitaliser, et ce malgré que les rivaux de la division, Boston plus précisément, ont renchéri dans la course aux armements (si vous me prêtez l’expression) en signant Pablo Sandoval et Hanley Ramirez. Et croyez bien que les Red Sox n’ont pas fini leur magasinage, puisqu’ils ont besoin de lanceurs et il n’est pas acquis que Jon Lester reviendra au bercail, lui qui est courtisé par plusieurs autres équipes qui pourraient consentir à lui donner les 6 ans de contrat qu’il recherche.

Point de vue magasinage, les Jays n’ont pas terminé non plus, mais il leur est permis de relaxer un peu avec ces dernières acquisitions. Il devrait être légèrement plus facile pour Anthopoulos d’attirer du talent en faisant valoir le genre d’attaque explosive qu’il a déjà en banque (Reyes, Bautista, Encarnacion, Donaldson, Martin). En outre, ce sera un autre argument pour tenter de convaincre Melky Cabrera de revenir à Toronto. Les bleus ont toujours besoin d’un voltigeur de gauche, de releveurs et possiblement d’un joueur de deuxième but. Les rumeurs mentionnent Jed Lowrie et Alberto Callaspo dans la liste des candidats. Lowrie est correct, sans plus, et Callaspo sort d’une campagne 2014 difficile, mais pourrait bien rebondir. Ceci dit, Callaspo n’est pas très bon en défensive, alors on voit mal en quoi il serait supérieur à Maicer Izturis, qui a le même profil que lui, et qui est déjà ici. Les rumeurs ont aussi parlé du releveur et agent libre Andrew Miller, un candidat au poste de « closer » qui sera dispendieux. Dans son cas, attendez-vous à ce qu’il attende que David Robertson signe à New York pour fixer la valeur marchande des closers pour le reste de la ligue avant qu’il ne fasse quoi que ce soit.

Alors, qui est Donaldson? C’est un joueur de 28 ans qui a terminé 8e aux suffrages déterminant le joueur le plus utile de la ligue américaine en 2014 et qui a frappé 29 circuits malgré le fait qu’il jouait la majorité de ses matches sur la côte ouest où les stades ne sont pas généreux pour les frappeurs, en commençant par le stade O.com d’Oakland (ajoutez-y Seattle et Anaheim dans une certaine mesure – je vais vous donner qu’Arlington est plutôt généreux si vous frappez de la droite). Donaldson se qualifie pour l’arbitrage salarial en 2015, mais il est sous contrôle des Jays pour les 4 prochaines saisons. Donaldson est un virtuose avec son gant et est patient au bâton. Que demander de plus? Il a de la classe, remerciant les amateurs d’Oakland via Twitter suivant son échange. Et il a calqué son approche et son élan au bâton sur Jose Bautista. Ah ben regarde donc, il joue pour les Blue Jays également!

Si vous doutiez que les Jays étaient sérieux en 2015, je pense que ces doutes doivent se dissiper assez vite dans votre tête juste maintenant…

Russell Martin avec les Blue Jays pour 5 ans

martinjays
Dans un développement qu’on pourrait qualifier de surprise (dans mon cas, c’en est certainement une), les Blue Jays ont paraphé une entente de 5 ans d’une valeur de $82 millions avec le receveur Russell Martin. Martin est né à East York (où je demeure actuellement) et a grandi à Montréal (où j’ai vécu 10 ans). Non, ce n’est pas une nouvelle à propos de moi, je trouvais juste ça comique lorsque je l’ai lu hier. Considérant que les Jays ont déjà courtisé Martin par le passé, pourquoi est-ce si surprenant qu’il s’amène à Toronto?

Commençons par le simple fait que c’est un agent libre qui signe un gros contrat à Toronto. Qu’un agent libre écoute même ce que les Blue Jays ont à dire est déjà surprenant. Que ce soit à cause de leur terrain en gazon synthétique, ou leur stade favorisant les frappeurs, ou le simple fait que l’équipe évolue au Canada et que plusieurs américains n’ont aucune espèce d’idée que le style de vie à Toronto est semblable aux États-Unis (à part le fait que les chances de se faire tirer dessus sont beaucoup moindre, et que l’argent n’est pas monochrome et dorénavant en plastique), il y a toujours une bonne raison pour la plupart des joueurs de passer leur tour. Le gazon synthétique y est souvent cité en cause puisqu’il est plus difficile à jouer et est réputé pour punir les athlètes au niveau physique. À l’avant-champ, les balles arrivent beaucoup plus vite (moins de friction de la surface) et les bonds quelques fois très difficiles à juger, surtout si la balle a toujours de l’effet et qu’elle agrippe la surface (ou plutôt la base du gazon synthétique qui est remplies de billes de caoutchouc et de sable) ou frappe une couture (le gazon à Toronto est composé de plusieurs plaques à l’instar de celui de Tampa, par exemple, alors il y a des joints qui ne sont pas toujours égaux entre celles-ci) pour bifurquer à gauche ou à droite, ce qui n’arrive pas sur du vrai gazon (quoique les faux bonds, ça arrive sur le gazon également). Pour les lanceurs, rares sont ceux qui s’aventurent de leur plein gré dans un stade qui est réputé pour la longue balle. Et pour l’argent, les joueurs ont souvent peur de l’impôt canadien.

Alors Russell était prêt à écouter, mais ne vous leurrez pas à penser qu’il allait donner un rabais à Toronto du simple fait qu’il allait jouer sous son drapeau la moitié de la saison. Le baseball est un business, et les bons joueurs souvent de fins négociateurs eux-mêmes (et c’est sans compter leurs agents). La rumeur veut que l’autre équipe la plus près des Jays pour les services de Martin était les Cubs. Ce qui a apparemment convaincu le receveur étoile est le fait que les Jays ont ajouté une année au contrat, ce que les Cubs n’étaient pas prêts à faire (leur offre la plus généreuse auraient été de 4 ans/$70 millions). On peut comprendre les inquiétudes des Cubs, ou n’importe laquelle équipe des majeures à donner autant d’années garanties à un receveur de 31 ans. Les receveurs sont les joueurs qui vieillissent le moins bien dans le sport dans un job qui ne pardonne pas leurs genoux en particulier, mais vraiment l’ensemble de leur corps. Pensez à toutes les balles fausses et mauvais lancers que vous devez bloquer volontairement ou non, les doigts cassés, les ecchymoses, les coups de bâton derrière la tête, etc.

D’ailleurs, puisqu’on parle d’argent, la façon dont le contrat est étagé est assez particulier, plaçant l’essentiel des obligations budgétaires des Jays dans les trois dernières années ($7M, $15M, $20M, $20M, $20M). On sait que la flexibilité budgétaire des bleus n’est pas très grande pour 2015, s’améliore en 2016, et qu’après ça les obligations de l’équipe déjà engagées sont minimes. Et puis il y a toujours la possibilité d’échanger Martin avant la fin du contrat, puisque celui-ci n’est pas assorti d’une clause de non-échange (aucun contrat des Jays en comportent). Cette structure donne à l’équipe un peu d’espace de manœuvre pour signer une ou deux autres grosses pointures pour la saison prochaine, et j’ai l’impression qu’Anthopoulos va libérer un autre $5M très bientôt en se débarrassant de Dioner Navarro. Pas que ce dernier soit embêtant. Il est relativement compétent derrière la plaque quoique déficient lorsqu’il est temps de « cadrer » les lancers de ses artilleurs (i.e. la faculté de présenter un lancer comme une prise lorsqu’on attrape la balle, autrement dit comment on peut influencer positivement l’arbitre derrière le marbre et lui faire voir ce qu’on veut qu’il voit), une force de Martin qui vaut son pesant d’or et qui ne se perd pas avec le temps autant que la vitesse à laquelle on court, ce qui est aussi un point négatif pour Dioner. Il y a plusieurs équipes qui seraient heureuses de ramasser un receveur à ce prix-là qui est capable de frapper des deux côtés du marbre même s’il court comme s’il transportait un piano à queue sur son dos. Peut-être pourrait-on rapporter un releveur, un voltigeur ou un joueur d’avant-champ intéressant pendant qu’on y est (sauf respect pour Devon Travis, qui on le sait n’a pas encore joué dans le AAA, alors ce serait le fun de lui laisser la chance sans pression avec un autre joueur décent qui réchauffe sa place un an ou deux).

Alors, dans les faits, on ramasse un receveur qui frappe bien, mais qu’on va peut-être surpayer un peu puisqu’il a eu une saison formidable l’an dernier, sa meilleure en carrière. C’est un receveur qui est aussi excellent au niveau défensif. Et c’est un joueur qu’on dit exemplaire au niveau des intangibles, c’est-à-dire que c’est un leader qui a gagné partout où il est passé, y compris une série mondiale. Au niveau du caractère, il s’en trouvera qui placeront celui de Russell comme un bémol plutôt qu’un avantage. Pas jusqu’à dire qu’il a une grande gueule, il a quand même la langue bien pendue et ça ne passe pas toujours bien avec tous ses interlocuteurs. Il a harangué plus d’un joueur adverse, et sa confiance en soi superlative lui a fait dire et faire des choses qui n’ont pas toujours été bien vue, comme lorsqu’il a décliné un rôle avec l’équipe nationale canadienne pour le mondial de baseball en 2013 à moins qu’on ne le fasse jouer à l’arrêt-court, ce qui a laissé l’équipe dans une bien mauvaise position (les receveurs canadiens ne courent pas les rues, encore moins du calibre de Martin) et fait lever les sourcils de plusieurs (oui, il a joué à l’arrêt-court avant sa carrière professionnelle, mais sérieusement, c’était une demande totalement irrationnelle que même Brett Lawrie a décriée en entrée de tournoi). L’espoir ici est qu’il injecte cette attitude magique de gagnant dans le vestiaire des Jays. On y croit ou non, mais c’est la logique utilisée. Son expérience et compétence aidera les jeunes artilleurs des Jays à se développer, ce qu’il a démontré par le passé avec ses employeurs précédents. Et puis il est canadien pour une équipe canadienne. Et il est bilingue de surcroît pour une équipe qui tente depuis plusieurs années de se gagner des amateurs à l’est d’Ottawa. Ça devrait aider (il y a eu une époque où Russell contribuait des billets pour un quotidien montréalais, si je ne m’abuse, à moins que ce soit RDS…).

Qu’est-ce que ça veut dire pour la suite? Est-ce que ça augmente les chances de voir Melky revenir à Toronto? Oui et non. Pour le oui, l’équipe a montré qu’elle est capable de signer des gros noms, qu’elle a de l’argent malgré tout ce qu’on en dit et qu’elle est déterminée à gagner, tous des arguments qui, à offre égale, pourrait convaincre Melky à revenir, surtout qu’il y a un fort contingent dominicain dans le vestiaire à Toronto et ça aussi ça aide. Pour le non, la signature de Martin veut dire que les bleus perdent leur 17e choix au repêchage et que le départ de Melky leur en donnerait un autre en première ronde (pas aussi élévé, mais tout de même). Le rendement offensif de Martin et Cabrera sont très semblables, alors on a théoriquement déjà compensé pour le départ de ce dernier. Et oui, Cabrera va être très dispendieux et il est possible de trouver de quoi de décent sur le marché des joueurs autonomes pour une fraction du prix (Nori Aoki, quelqu’un?). Ou bien on trouve le dit remplaçant dans le cadre d’un échange, ou bien on y va avec les joueurs en place (Pillar, Mayberry Jr. ou Dirks), tous capables de performances honnêtes sans être extraordinaires.

Les attentes seront très grandes à l’endroit de Russell Martin, qui signe le deuxième plus gros contrat de l’histoire de l’équipe après Vernon Wells (7 ans/$126 millions), et le plus gros jamais octroyé par Alex Anthopoulos. On peut voir dans cette entente une tentative de quitte ou double de la part de ce dernier, mais il est toujours important de se souvenir que les Jays ont déjà essayé à plusieurs reprises de signer des gros noms que pour les voir signer ailleurs (le nom de Carl Crawford me vient en tête), quelquefois pour moins d’argent (ce qui serait apparemment le cas de Carlos Beltran) ou invoquer une clause de non-échange lorsqu’on essayait de les obtenir via transaction (il y en a un dégât ici, mais le premier qui me vient en tête est Cole Hamels). Finalement, tout le monde veut jouer pour un gagnant, et les Blue Jays n’avaient pas beaucoup d’ennuis lorsqu’ils devaient signer des gros noms au début des années 90. Est-ce que cette entente fera basculer la balance?

Enfin une solution au 2e but?

Devon Travis (Source: AP)

Devon Travis (Source: AP)

La rencontre des propriétaires et directeurs-gérants du baseball majeur vient de se terminer dans la région de Phoenix (les rencontres d’hiver du baseball majeur, où tout le monde du baseball est invité, se tiendra début décembre), et Alex Anthopoulos a déjà commencé à placer ses pions. Dans une transaction qui a apparemment été conclue très rapidement, les Blue Jays ont envoyé un voltigeur qu’ils avaient en surplus contre un joueur de deuxième but que les Tigers avaient en surplus. Ce sont deux jeunes joueurs au potentiel incertain mais qui pourraient être promis à de belles choses.

Je parle ici bien sûr du voltigeur de centre Anthony Gose, obtenu des Astros en retour de Brett Wallace (qui avait été obtenu des Athletics d’Oakland en retour de Michael Taylor, le tiers du retour que les Jays avaient obtenus des Phillies en retour de Roy Halladay). Gose est rapide. Gose a un méchant bras. Gose est un défenseur modèle. MAIS… Gose ne frappe pas (du moins, pas beaucoup). Les Tigers voient toujours un potentiel où son offensive s’améliorera. Ça se peut très bien. Gose est encore jeune et pourraient effectivement se développer plus avant. Mais à Toronto, il devait composer avec Kevin Pillar et Dalton Pompey qui étaient en train de le dépasser sur l’échelle de profondeur de l’équipe, alors sa meilleure chance était qu’un l’un d’eux (y compris lui-même) change d’adresse pour avoir la chance de devenir partant.

Le nouveau 2e but du futur (qui pourrait très bien devenir le 2e but d’aujourd’hui si les Jays ne concluent pas d’échanges ou d’acquisitions pour changer ce portrait ET que notre nouveau gars connaisse un bon camp d’entraînement) est Devon Travis. Est-il la solution qui manque au 2e depuis le départ d’Aaron Hill en 2011? C’était la meilleure recrue du système (anémique) des Tigers de Detroit (il était classé 84e espoir du baseball par Baseball America en février dernier) et sa progression était bloquée par l’excellent Ian Kinsler, tellement qu’on avait commencé à le faire jouer au champ centre dans l’espoir de combler le trou béant laissé là après l’échange qui a emmené David Price à Detroit en retour d’Austin Jackson (parmi d’autres). Travis a bien frappé à tous les niveaux où il a joué, mais il n’a jamais joué au-delà du AA alors il faut prendre ça avec un grain de sel puisque ces exploits ne se traduisent pas toujours en succès dans les majeures (voir Travis Snider, J.P. Arencibia, et dans une certaine mesure Kevin Pillar).

D’ailleurs, point de vue succès dans les majeures, les opinions sont très partagées sur le potentiel de Devon Travis. Keith Law n’y croit pas, alors que d’autres, dont un dépisteur des Jays nommé David May Jr., y voit un joueur de la trempe de Jose Altuve (et pas juste parce que Devon ne fait pas 6 pieds comme Altuve, mais parce qu’il frappe bien). On s’entend sur son potentiel en défensive, qui est supposé excellent, mais son style inorthodoxe au bâton qui lui réussit bien jusqu’à maintenant est le principal élément qui fait dire à Keith Law qu’il aura du mal à s’adapter aux lanceurs plus sophistiqués qu’il devra affronter dans les majeures. Si on se fie à ce que Alex Anthopoulos a dit en commentant l’échange, il n’est pas dit que Travis n’aura pas le temps d’y travailler plus avant puisqu’il devrait débuter la saison à Buffalo à moins qu’il connaisse un bon camp, etc (je me répète…). Sa compétition à l’interne pour le poste dans le moment est composée de Steve Tolleson, Ryan Goins et Maicer Izturis. Le calibre n’est pas du plus relevé.

Il reste donc du travail à faire pour le directeur-gérant des bleus qui est entré dans l’après-saison avec des postes à remplir au champ extérieur (plus précisément à gauche et au centre), à l’intérieur (soit au 2e ou au 3e, ce qui déplacerait Brett Lawrie si le nouveau joueur serait spécialiste du 3e but) et dans l’enclos. Comme à tous les ans, l’équipe torontoise est liée à tous les joueurs autonomes ou presque puisqu’elle parle à tout le monde. Ainsi on entend des échos que les Jays aimeraient attirer le québécois Russell Martin, Pablo Sandoval et Hank Conger (oh mon dieu, non!), parmi d’autres. Il y avait aussi Victor Martinez dans la liste des suspects, mais les Tigers l’ont rapidement remis sous contrat.

Il y a bien sûr Melky Cabrera que les Jays aimeraient revoir. Une rumeur veut que Melky ait demandé $50 millions sur 3 ans alors que les Jays aient offert $39 pour la même période. C’est une assez grosse différence. Compte-tenu qu’il y a un choix compensatoire attaché à son départ, le marché pour ses services risque d’être long à se développer. S’il devait signer ailleurs, les Jays pourraient aussi considérer Nori Aoki ou Nick Markakis, bien que ce dernier est courtisé par Baltimore qui aimerait bien le voir revenir chez eux.

À l’avant-champ, les Jays se sont apparemment informés sur le marché des échanges sur Chase Utley et Howie Kendrick, qui ont tous les deux des clauses de non-échange qui couvrent Toronto. Au chapitre des agents libres possibles (mis à part Sandoval dont on a déjà parlé), une possibilité plus réaliste est Jed Lowrie, mais aussi Chase Headley. Ce dernier n’a pas connu une bonne campagne en 2014 et il y a de gros doute s’il retrouvera son niveau d’antan puisqu’il n’a jamais semblé complétement recouvrir de sa blessure au ménisque du genou gauche. À jouer sur du gazon synthétique de surcroît, il est fort à parier qu’il préfèrerait regarder ailleurs que chez nous pour poursuivre sa carrière.

Il y aura possiblement un peu d’action le reste du mois, mais les discussions vont vraiment reprendre d’emblée début décembre quand tout le baseball se réunira de nouveau.

Adam Lind part pour Milwaukee, et les Reds iront à Montréal

Adam Lind (source: MLB)

Adam Lind (source: MLB)

Le directeur-gérant Alex Anthopoulos a du travail à faire cet hiver, et il a commencé à brasser des affaires de bonne heure cette saison morte, allant chercher des pièces pour ajouter à la profondeur de l’équipe et se libérant un peu d’espace de manœuvre. Commençons par la profondeur, puisqu’on peut régler ça assez vite.

Anthopoulos est allé chercher le lanceur canadien Jeff Francis et le voltigeur Andy Dirks au ballotage la semaine dernière. Ce sont deux joueurs d’expérience qui n’ont pas beaucoup de valeur au niveau des majeures à ce stade-ci. Disons qu’ils sont limites, et ce sont des options intéressantes si l’équipe doit composer avec beaucoup de blessures. On sait que pour la majorité des troupes de la ligue c’est une réalité avec laquelle il faut composer presqu’à tous les ans. Les Blue Jays ont souvent dû composer avec un manque de profondeur navrant lorsque le sort s’acharnait sur ses réguliers par les années passées alors l’ajout de ces joueurs constitue un effort pour alléger ce problème. Au pire, ce qui n’est pas rien, ça donne de bons éléments à utiliser à Buffalo.

Autre élément de profondeur légèrement bizarre est le retour de Liam Hendricks, échangé tard la saison dernière aux Royals en compagnie d’Erik Kratz pour Danny Valencia. Cette fois, le receveur des mineures Santiago Nessy va à Kansas City et Hendricks retourne à Toronto (ou plus probablement Buffalo). Pour les Jays et Royals, il s’agit là simplement d’une opération de gestion de surplus. Nessy n’allait pas être protégé contre le repêchage de la règle 5 alors il était aussi bon que perdu, et les Royals allaient libérer Hendricks de toute façon. Je ne vous blâmerai pas si vous n’attendez rien de spécial de cet échange (surtout que Hendricks est à court d’option, alors s’il ne fait pas l’équipe en sortie de camp d’entraînement, il retourne au ballotage avant de pouvoir se rendre à Buffalo).

Les Jays ont libéré Sergio Santos, Brandon Morrow et Casey Jannsen et ont fait une offre qualificative à Melky Cabrera. S’ils perdent Cabrera, ils seront donc éligibles à un choix de repêchage. Ceci dit, ils vont essayer de le garder. Les Jays ont aussi exercé les options pour Josh Thole, J.A. Happ et Adam Lind. Dans le cas de ce dernier, l’option n’a été exercée que pour pouvoir l’échanger immédiatement aux Brewers de Milwaukee contre le lanceur Marco Estrada. Estrada est un lanceur plutôt moyen qui a une tendance néfaste, surtout pour un stade de frappeurs comme Milwaukee ou Toronto, à donner beaucoup de ballons. Lorsque ceux-ci sont longs dans des endroits du genre, ça devient des circuits. En ce sens, il a du commun avec Hendricks. Mais il a de bons chiffres périphériques en ce qui a trait aux buts sur balles accordés et retraits sur des prises, et Anthopoulos croit que sa mauvaise saison 2014 ne sera pas garante d’une mauvaise 2015 et que le Centre Rogers n’est pas aussi traître que le Miller Park pour ce qui est de la longue balle. On verra bien.

Plusieurs commentateurs de la première heure étaient déçus du peu de retour reçu pour un excellent frappeur (contre les droitiers seulement) de la trempe de Lind. Il faut regarder Lind comme une autre équipe le regarde. Il est payé 8 millions pour ne frapper que des lanceurs droitiers, jouer un 1er but approximatif en défensive et avoir des malaises récurrents au dos, ce qui est un drapeau rouge géant parce que c’est une blessure pratiquement impossible à guérir ou prévoir. Lind doit voir à son conditionnement physique religieusement, ce qu’on sait qu’il n’aime pas faire. Et puis il y a la barbe absolument horrible qu’il portait cet été. Non, ça n’a pas d’incidence sur sa valeur marchande, mais c’est archi laid quand même. Estrada sera utilisé dans l’enclos des releveurs selon les propos d’Anthopoulos, mais il s’agit là d’une police d’assurance puisqu’il peut également servir de partant (il l’a été à Milwaukee pour une dizaine de matchs la saison dernière avec un succès mitigé). C’est comme acquérir un J.A. Happ à rabais (environ $4 millons pour Estrada contre $6,7 pour Happ). Anthopoulos peut se retourner et échanger Happ (il est dit qu’il y a beaucoup d’intérêt pour lui sur le marché), promouvoir Sanchez ou Norris dans la rotation partante et avoir Estrada prêt à passer la moppe si ce plan s’avère être un échec.

Vous allez me dire que j’ai oublié un joueur, et c’est vrai. C’est exprès, mais il est tout de même important à signaler. Les Jays ont aussi ramassé Justin Smoak au ballotage. Un ancien premier choix des Mariners, on s’attendait à beaucoup de lui. Il a frappé fort dans les mineures, mais a eu un succès approximatif dans les majeures. Smoak a un coup de bâton plus égal contre droitiers et gauchers que Lind, mais il ne frappe pas à un rythme effréné contre les uns ou les autres. Par contre, il frappe beaucoup de longs ballons. À Seattle où les clôtures sont éloignées, ça voulait dire des retraits à répétition (avec un circuit çà et là). Justin s’attend à ce que le Centre Rogers soit plus généreux. Smoak joue au premier but et peut donc remplacer Lind dans le tandem qu’il assurait avec Encarnacion, qui préfère le rôle de frappeur suppléant de toute façon.

Il reste beaucoup de travail à Anthopoulos pour trouver un autre joueur dans le losange, soit au 2e ou au 3e but (Brett Lawrie assurera l’une des deux positions selon le joueur récolté comme agent libre ou par échange). On doit aussi trouver de l’aide au champ extérieur, surtout si on perd Cabrera. Il y a beaucoup de joueurs capables d’assurer un second rôle à ce chapitre chez les Jays actuellement (Gose, Pillar, Mayberry Jr. et Dirks) mais pas de partant (à moins de promouvoir Dalton Pompey dès maintenant au centre, ce qui n’est pas hors de question, mais il est bien tôt pour essayer ça, malgré ce que Gibbons peut en dire). Les prochaines semaines pourraient être intéressantes.

Les Rays à Montréal?

Les Expos ont fait les manchettes encore tout dernièrement, et pas juste à cause de l’annonce d’Evenko à l’effet que les Blue Jays recevront les Reds de Cincinnati en avril prochain dans leur ancien domicile.

Après une saison de misère, les Rays ont fini avec des chiffres d’assistance qui font pitié et ont perdu coup sur coup leur directeur-gérant étoile Andrew Friedman (qui est parti pour diriger les opérations chez les Dodgers, passant d’une équipe parmi les plus pauvres à possiblement l’équipe avec les poches les plus profondes de la ligue avec les Yankees, les Angels et les Rangers) et leur gérant étoile John Maddon (qui ira diriger les Cubs à Chicago). Il n’en fallait pas plus pour que les spéculations sur le déménagement possible de l’équipe à Montréal reprennent de plus belle. D’un côté, La Presse dit que des gens d’affaires de Montréal ont rencontré le proprio des Rays à quelques reprises, alors que ce dernier clame son attachement pour Tampa Bay. La clé est de ne pas lui regarder le nez de trop proche quand il dit ça, au cas où on le verrait s’allonger.

On rappelle que le vieux stade couvert des Rays, situé tout en bas de la pointe de St-Petersburg en direction de Bradenton, est trop loin du centre-ville de Tampa (ou de quiconque, vraiment) pour le rendre facile d’accès. Les transports publics sont déficients et le stade est en bordure d’une autoroute qui mène à un pont toujours très achalandé vers le reste de la côte sud-ouest de la Floride. Tampa veut un nouveau stade financé en partie par le public, mais les différents paliers de gouvernement de l’endroit se sont fait fourvoyer solide par le charmant (sic) Jeffrey Lauria qui s’est fait bâtir une monstruosité à Miami pour ses Marlins, qu’il a vite dépouillé de toutes ses étoiles la minute où le stade a été complété. Les Dolphins ont été les demandeurs d’aide suivants et se sont fait revirer ipso facto. Il n’est pas dit qu’ils n’auront pas d’aide en bout du compte, mais juste là ça regarde mal. Et après ça, il y aura les Rays. Ça ne regarde pas bien.

Ceci dit, les chances que les Rays deviennent les Expos sont bien minces. Il est tout à l’avantage du propriétaire des Rays d’entretenir la possibilité pour s’en servir de levier pour extraire des subventions afin de se faire construire le stade qu’il souhaite. Montréal va servir d’épouvantail jusqu’à ce que ça se produise, n’en déplaise aux amateurs montréalais. Il demeure que c’est une étape obligé d’un retour du baseball à Montréal, comme ça l’a été pour le hockey à Winnipeg. Pour que la menace soit crédible, il faut que le marché qui sert d’épouvantail le soit. Ce n’est pas une méthode agréable de se bâtir une crédibilité comme alternative viable, mais ça marche souvent. Toujours parlant hockey, on assiste au même phénomène avec les Nordiques à Québec, ou pour les marchés de Seattle, Las Vegas et Kansas City (quoique beaucoup moins pour cette dernière ville depuis quelques temps). Il n’est pas dit qu’une ou toutes ces villes verront une équipe de hockey, mais lorsqu’on parle de relocalisation d’équipe, il faut passer par là. Je souhaite à Québec de ramasser une équipe très bientôt. Me semble que ça ferait tellement de sens.