Russell Martin avec les Blue Jays pour 5 ans

martinjays
Dans un développement qu’on pourrait qualifier de surprise (dans mon cas, c’en est certainement une), les Blue Jays ont paraphé une entente de 5 ans d’une valeur de $82 millions avec le receveur Russell Martin. Martin est né à East York (où je demeure actuellement) et a grandi à Montréal (où j’ai vécu 10 ans). Non, ce n’est pas une nouvelle à propos de moi, je trouvais juste ça comique lorsque je l’ai lu hier. Considérant que les Jays ont déjà courtisé Martin par le passé, pourquoi est-ce si surprenant qu’il s’amène à Toronto?

Commençons par le simple fait que c’est un agent libre qui signe un gros contrat à Toronto. Qu’un agent libre écoute même ce que les Blue Jays ont à dire est déjà surprenant. Que ce soit à cause de leur terrain en gazon synthétique, ou leur stade favorisant les frappeurs, ou le simple fait que l’équipe évolue au Canada et que plusieurs américains n’ont aucune espèce d’idée que le style de vie à Toronto est semblable aux États-Unis (à part le fait que les chances de se faire tirer dessus sont beaucoup moindre, et que l’argent n’est pas monochrome et dorénavant en plastique), il y a toujours une bonne raison pour la plupart des joueurs de passer leur tour. Le gazon synthétique y est souvent cité en cause puisqu’il est plus difficile à jouer et est réputé pour punir les athlètes au niveau physique. À l’avant-champ, les balles arrivent beaucoup plus vite (moins de friction de la surface) et les bonds quelques fois très difficiles à juger, surtout si la balle a toujours de l’effet et qu’elle agrippe la surface (ou plutôt la base du gazon synthétique qui est remplies de billes de caoutchouc et de sable) ou frappe une couture (le gazon à Toronto est composé de plusieurs plaques à l’instar de celui de Tampa, par exemple, alors il y a des joints qui ne sont pas toujours égaux entre celles-ci) pour bifurquer à gauche ou à droite, ce qui n’arrive pas sur du vrai gazon (quoique les faux bonds, ça arrive sur le gazon également). Pour les lanceurs, rares sont ceux qui s’aventurent de leur plein gré dans un stade qui est réputé pour la longue balle. Et pour l’argent, les joueurs ont souvent peur de l’impôt canadien.

Alors Russell était prêt à écouter, mais ne vous leurrez pas à penser qu’il allait donner un rabais à Toronto du simple fait qu’il allait jouer sous son drapeau la moitié de la saison. Le baseball est un business, et les bons joueurs souvent de fins négociateurs eux-mêmes (et c’est sans compter leurs agents). La rumeur veut que l’autre équipe la plus près des Jays pour les services de Martin était les Cubs. Ce qui a apparemment convaincu le receveur étoile est le fait que les Jays ont ajouté une année au contrat, ce que les Cubs n’étaient pas prêts à faire (leur offre la plus généreuse auraient été de 4 ans/$70 millions). On peut comprendre les inquiétudes des Cubs, ou n’importe laquelle équipe des majeures à donner autant d’années garanties à un receveur de 31 ans. Les receveurs sont les joueurs qui vieillissent le moins bien dans le sport dans un job qui ne pardonne pas leurs genoux en particulier, mais vraiment l’ensemble de leur corps. Pensez à toutes les balles fausses et mauvais lancers que vous devez bloquer volontairement ou non, les doigts cassés, les ecchymoses, les coups de bâton derrière la tête, etc.

D’ailleurs, puisqu’on parle d’argent, la façon dont le contrat est étagé est assez particulier, plaçant l’essentiel des obligations budgétaires des Jays dans les trois dernières années ($7M, $15M, $20M, $20M, $20M). On sait que la flexibilité budgétaire des bleus n’est pas très grande pour 2015, s’améliore en 2016, et qu’après ça les obligations de l’équipe déjà engagées sont minimes. Et puis il y a toujours la possibilité d’échanger Martin avant la fin du contrat, puisque celui-ci n’est pas assorti d’une clause de non-échange (aucun contrat des Jays en comportent). Cette structure donne à l’équipe un peu d’espace de manœuvre pour signer une ou deux autres grosses pointures pour la saison prochaine, et j’ai l’impression qu’Anthopoulos va libérer un autre $5M très bientôt en se débarrassant de Dioner Navarro. Pas que ce dernier soit embêtant. Il est relativement compétent derrière la plaque quoique déficient lorsqu’il est temps de « cadrer » les lancers de ses artilleurs (i.e. la faculté de présenter un lancer comme une prise lorsqu’on attrape la balle, autrement dit comment on peut influencer positivement l’arbitre derrière le marbre et lui faire voir ce qu’on veut qu’il voit), une force de Martin qui vaut son pesant d’or et qui ne se perd pas avec le temps autant que la vitesse à laquelle on court, ce qui est aussi un point négatif pour Dioner. Il y a plusieurs équipes qui seraient heureuses de ramasser un receveur à ce prix-là qui est capable de frapper des deux côtés du marbre même s’il court comme s’il transportait un piano à queue sur son dos. Peut-être pourrait-on rapporter un releveur, un voltigeur ou un joueur d’avant-champ intéressant pendant qu’on y est (sauf respect pour Devon Travis, qui on le sait n’a pas encore joué dans le AAA, alors ce serait le fun de lui laisser la chance sans pression avec un autre joueur décent qui réchauffe sa place un an ou deux).

Alors, dans les faits, on ramasse un receveur qui frappe bien, mais qu’on va peut-être surpayer un peu puisqu’il a eu une saison formidable l’an dernier, sa meilleure en carrière. C’est un receveur qui est aussi excellent au niveau défensif. Et c’est un joueur qu’on dit exemplaire au niveau des intangibles, c’est-à-dire que c’est un leader qui a gagné partout où il est passé, y compris une série mondiale. Au niveau du caractère, il s’en trouvera qui placeront celui de Russell comme un bémol plutôt qu’un avantage. Pas jusqu’à dire qu’il a une grande gueule, il a quand même la langue bien pendue et ça ne passe pas toujours bien avec tous ses interlocuteurs. Il a harangué plus d’un joueur adverse, et sa confiance en soi superlative lui a fait dire et faire des choses qui n’ont pas toujours été bien vue, comme lorsqu’il a décliné un rôle avec l’équipe nationale canadienne pour le mondial de baseball en 2013 à moins qu’on ne le fasse jouer à l’arrêt-court, ce qui a laissé l’équipe dans une bien mauvaise position (les receveurs canadiens ne courent pas les rues, encore moins du calibre de Martin) et fait lever les sourcils de plusieurs (oui, il a joué à l’arrêt-court avant sa carrière professionnelle, mais sérieusement, c’était une demande totalement irrationnelle que même Brett Lawrie a décriée en entrée de tournoi). L’espoir ici est qu’il injecte cette attitude magique de gagnant dans le vestiaire des Jays. On y croit ou non, mais c’est la logique utilisée. Son expérience et compétence aidera les jeunes artilleurs des Jays à se développer, ce qu’il a démontré par le passé avec ses employeurs précédents. Et puis il est canadien pour une équipe canadienne. Et il est bilingue de surcroît pour une équipe qui tente depuis plusieurs années de se gagner des amateurs à l’est d’Ottawa. Ça devrait aider (il y a eu une époque où Russell contribuait des billets pour un quotidien montréalais, si je ne m’abuse, à moins que ce soit RDS…).

Qu’est-ce que ça veut dire pour la suite? Est-ce que ça augmente les chances de voir Melky revenir à Toronto? Oui et non. Pour le oui, l’équipe a montré qu’elle est capable de signer des gros noms, qu’elle a de l’argent malgré tout ce qu’on en dit et qu’elle est déterminée à gagner, tous des arguments qui, à offre égale, pourrait convaincre Melky à revenir, surtout qu’il y a un fort contingent dominicain dans le vestiaire à Toronto et ça aussi ça aide. Pour le non, la signature de Martin veut dire que les bleus perdent leur 17e choix au repêchage et que le départ de Melky leur en donnerait un autre en première ronde (pas aussi élévé, mais tout de même). Le rendement offensif de Martin et Cabrera sont très semblables, alors on a théoriquement déjà compensé pour le départ de ce dernier. Et oui, Cabrera va être très dispendieux et il est possible de trouver de quoi de décent sur le marché des joueurs autonomes pour une fraction du prix (Nori Aoki, quelqu’un?). Ou bien on trouve le dit remplaçant dans le cadre d’un échange, ou bien on y va avec les joueurs en place (Pillar, Mayberry Jr. ou Dirks), tous capables de performances honnêtes sans être extraordinaires.

Les attentes seront très grandes à l’endroit de Russell Martin, qui signe le deuxième plus gros contrat de l’histoire de l’équipe après Vernon Wells (7 ans/$126 millions), et le plus gros jamais octroyé par Alex Anthopoulos. On peut voir dans cette entente une tentative de quitte ou double de la part de ce dernier, mais il est toujours important de se souvenir que les Jays ont déjà essayé à plusieurs reprises de signer des gros noms que pour les voir signer ailleurs (le nom de Carl Crawford me vient en tête), quelquefois pour moins d’argent (ce qui serait apparemment le cas de Carlos Beltran) ou invoquer une clause de non-échange lorsqu’on essayait de les obtenir via transaction (il y en a un dégât ici, mais le premier qui me vient en tête est Cole Hamels). Finalement, tout le monde veut jouer pour un gagnant, et les Blue Jays n’avaient pas beaucoup d’ennuis lorsqu’ils devaient signer des gros noms au début des années 90. Est-ce que cette entente fera basculer la balance?

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A propos Patrice Maltais

Originaire du Lac St-Jean et domicilié à Toronto depuis 2000, je suis un fan de baseball toujours en deuil du départ des Expos et co-détenteur de billets de saison pour les Blue Jays depuis plusieurs années. Mes autres domaines d'intérêt sont l'histoire (surtout des États-Unis), l'automobile (mon domaine d'activité professionelle), les films et les livres.

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